12.08.2008
Un an !
Voilà, nous y sommes : un an de mariage, un an de voyage de noces ! La classe ! On a donc fêté cet anniversaire du 11 août comme il se doit : brunch au "M on the Bund", un des restos les plus chics et les plus réputés de Shanghai et dîner au Grand Hyatt Hotel de Hangzhou. Croyez-moi, ce n'était pas facile de trouver des restos où dépenser plus de 20 euros ! Hélas, nous n'aurons bientôt plus ce genre de soucis puisque notre retour à Paris est imminent... Ah les problèmes futiles ! Certainement la marque d'une vie point malheureuse ! Le plus difficile pour manger dans un resto haut de gamme était de nous faire accepter étant donné l'état de nos vêtements au bout d'un an de voyage... de vraies guenilles ! Nous avons dû faire une grosse journée de shopping à Shanghai et nous avons testé l'adresse de ces tailleurs chinois capables de vous faire un costume sur mesure en deux temps trois mouvements. Impressionnant !
Comme nous célébrons nos noces de coton,nous avons quitté la route de la soie et telles les deux bosses du chameau,remplies d'amour et d'eau fraîche,nous avons atteint Shanghai au moment de l'ouverture des JO le 08/08/08 à 8:00 pm. Nous avons suivi l'événement sur l'écran géant du bar de notre auberge de jeunesse en compagnie de jeunes chinois très émus et de quelques bières Tsingtao (nos dernières bières à moins d'un euro pour 65 cl !).
Sinon que vous dire ? Certains nous demandent si un an de voyage ce n'est pas trop long ; d'autres nous demandent au contraire si cela ne va pas être trop dûr de rentrer sur Paris... Et bien, pour ces deux questions la réponse est non : un an ça passe trop vite, le Monde est grand, la liste des pays que nous aimerions découvrir est encore bien longue mais d'un autre côté, pourquoi serions-nous tristes de revenir dans "la plus belle ville du Monde" ? Celle qui fait briller les yeux de toutes les personnes que nous avons rencontrées : les indigènes du Guatemala, les Zapatistes du Chiapas, la crémière de Tequila, les cow-boys de Real del Catorce, nos "parents adoptifs" des Philippines, les mamis dansantes du Cambodge, les bergers Kirghiz du Xinjiang et j'en passe... Tous ont une lueur dans les yeux quand nous disons venir de Paris... Bref, on adore Paris ! Et comme a dit Apollinaire :
"Il faut voyager loin en aimant sa maison"
Je vous laisse avec cette petite phrase car c'est trop difficile de conclure et de parler de notre voyage en quelques mots - trop d'émotions, de souvenirs, de bonheur... J'espère juste que si toutes les bonnes choses ont une fin,certaines fins ne sont heureusement que provisoires...Et comme nos "boîtes à rêves" sont toujours sur nos épaules, le voyage continue...
A suivre !
06:17 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
04.08.2008
Mission éclipse accomplie !
Plus la date de l'éclipse approchait, plus difficile le projet me semblait. En effet, les autorités chinoises ont continué sur la voie de la paranoïa, contrôlant nos papiers et nos bagages plusieurs fois par jour et décidant soudain que les étrangers ne devaient plus être acceptés dans les cybercafés - nous laissant quand même le droit d'accéder à internet depuis notre hôtel (nous ignorons si ces mesures concernent toute la Chine ou seulement la région du Xinjiang où nous sommes). Autre anecdote typiquement chinoise : de nombreux voyageurs se sont fait arracher la première page de leur guide de voyage, celle avec la carte de Chine, car Taïwan n'est pas dessiné dans la même couleur que la Chine continentale. Revenons à notre éclipse : la mafia des agences de voyage, en collaboration avec la police a mis en place un permis pour l'éclipse. J'en étais sûre ! Quand bien même nous aurions accepté d'acheter ce permis vendu bien trop cher, il restait encore un problème : le transport. En effet, afin de s'assurer que toute personne souhaitant voir l'éclipse se joigne à un tour organisé et dépense une fortune, la "mafia de l'éclipse" a réussi à interdire l'accès aux villages situés sur la meilleure ligne d'observation à tous les transports en commun locaux ainsi qu'aux taxis. Le touriste n'a donc le choix qu'entre louer un 4x4 avec chauffeur ou participer à un tour organisé - le tout nous a semblé une attraction fort coûteuse et touristique (des milliers de personnes étaient attendues pour l'évènement). Malgré tout, nous avons continué notre voyage sur la route de la soie, faisant escale à Turpan (le deuxième endroit le plus bas sur terre) pour admirer les vestiges de l'ancienne oasis et ses célèbres vignes (mais leur vin n'est pas bon !) ; puis, nous avons atteint la ville d'Hami, point de départ vers les villages d'observation où l'éclipse totale dure un peu plus de deux minutes. C'est alors que la chance nous sourit : à Hami, tous les hôtels sont complets depuis des mois mais nous croisons un Italien qui nous explique que son hôtel dispose de place dans des dortoirs (les tours organisés n'ont réservé que les chambres) - ainsi, pour un prix dérisoire, nous obtenons deux bons lits dans un dortoir de...deux ! Sans chercher à comprendre la différence entre une chambre double et un dortoir de deux, nous sommes partis nous régaler au marché de nuit, discutant des différentes stratégies possibles pour voir l'éclipse sans débourser les 800 yuans demandés par les agences
(80 euros - de quoi manger trois mois au marché de nuit !) et sans se retrouver dans une foule de touristes venus du monde entier avec leurs sandales et leurs bobs. Nous pensons nous frayer un chemin à pied ou en vélo vers les points d'observation sachant qu'il nous faudra supporter la chaleur du désert et nous retrouver bloqués on ne sait où au niveau du barrage policier qui contrôlera les permis pour l'éclipse. Nous espérons juste que l'endroit que nous réussirons à atteindre nous permettra d'admirer au moins quelques secondes d'éclipse totale (pour cela, il nous faudrait déjà parcourir 40 kilomètres sous un ciel de plomb). Mais en rentrant à l'hôtel, un concours de circonstances nous fait retrouver Simon. Qui est Simon ? Un Anglais atteint d'une folie étrange : il voyage d'éclipse en éclipse depuis vingt ans, il en a déjà vu quinze dans sa vie et s'est juré de ne jamais en rater une seule ! Nous l'avions rencontré dans le wagon-restaurant du train Kashgar-Turpan (30 heures de train !) et nous ne savions pas encore qu'il serait la solution à tous nos problèmes.
Bref, Simon sillonne la région depuis deux jours avec son jeune chauffeur/traducteur chinois à la recherche du meilleur spot. Par hasard, prenant une route qui n'était pas sur sa carte, il a atterri dans un oasis de rêve, idéal à tout point de vue mais qui ne permettrait qu'une seule minute d'observation de l'éclipse totale. Pour nous, l'endroit était parfait : pas de contrôle de police sur la route, pas de permis nécessaire, pas d'interdiction pour les taxis de conduire vers cet oasis, pas de touristes car l'endroit ne figure pas sur la carte et les photos prises par notre ami Anglais étaient convaincantes par leur beauté. Simon nous a alors expliqué que l'oasis est gardé par un agent de la police mais que ce dernier avait l'air fort sympathique et ne poserait certainement pas de problème. Quel euphémisme ! Monsieur Fu s'est avéré le flic chinois le plus cool de Chine et même le Chinois le plus sympa et le plus souriant que nous ayons rencontré. A notre arrivée en taxi vers midi dans "son oasis", il nous a accueilli autour d'une tasse de thé, de quelques tranches de melon et nous a tout de suite appelé ses amis de France. Monsieur Fu nous a accueilli comme des rois, nous faisant visité l'oasis, ses ruines de l'époque Tang, son lac, ses canaux, ses arbres et sa tour d'observation. Nous avons bu du thé à longueur de journée à l'ombre des arbres centenaires. L'endroit ne
manquait pas de charme. Quelques familles chinoises de Hami étaient là pour la journée, histoire de se mettre au vert dans cette région de déserts. Une petite vingtaine de personnes au total dont la plupart n'étaient pas au courant pour l'éclipse. Dans l'après-midi, deux jeunes Japonais ont débarqué : ils avaient eux aussi rencontré Simon qui a eu la bonne idée de leur donner plusieurs paires de lunettes pour éclipse (impossible d'en trouver en Chine). A 18h, nous sommes tous montés au sommet de la tour d'observation de la dynastie Tang et du haut de ce brin d'histoire nous avons vu le soleil se faire dévorer par la lune pour nous couvrir d'une étrange pénombre et d'un calme imposant pendant une minute d'éclipse totale, spectacle bref mais unique... Une rencontre céleste sur la route de
la soie, sans foule, sans touristes, et sans permis... Mission accomplie !
Ce matin, nous avons continué notre voyage soyeux pour atteindre la ville de Dunhuang où nous resterons quelques jours car nous avons trouvé une petite auberge fort accueillante, une belle et ancienne demeure chinoise située au pied des magnifiques dunes de sable qui marquent l'entrée du désert de Gobi. Ces dunes font plus de 1000 mètres de haut ! De beaux vertiges en perspective !
Je vous laisse avec une carte de notre itinéraire en Asie (bonne chance !) - les lignes rouges sont nos déplacements terrestres ; les lignes bleues nos trajets en avion ; le cercle turquoise représente le lieu de l'éclipse solaire. Nous sommes partis de Shanghai et retournerons à Shanghai pour rentrer vers Paris. Cliquez sur l'image pour l'agrandir.
12:13 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
26.07.2008
Kashgar, au bout du monde chinois
En partant de Bornéo, nous avons pris un avion pour Macau où nous avons passé une agréable journée portugaise avant de rentrer en Chine, direction Canton. Quelques petits dim sums plus tard, nous avons traversé toute la Chine en avion pour atterrir à Urumqi, capitale du Xinjiang (Nord-ouest de la Chine, ex Turkestan) et porte d'entrée vers la route de la soie. Nous avons ensuite dû attendre deux jours pour avoir des places dans le fameux train qui nous a conduit à Kashgar après 24h assis sur des sièges dûrs (il n'y avait plus de place en couchettes) avec pour seule mais belle consolation de nous planter devant de superbes paysages désertiques. Dans la vieille ville de Kashgar, le dépaysement est totale : les Ouïgours et les Kirghiz (populations locales) nous enchantent par les couleurs de leurs marchés, de leurs vêtements, de leur beau teint mat et souvent de leurs grands yeux bleus... Nous avons déjà l'impression de ne plus être en Chine... Mais le gouvernement chinois nous rappelle bien que nous sommes bel et bien dans la
Republique Populaire ! En effet, à l'approche des JO, pas facile de voyager dans les régions reculées de Chine et tout particuliérement dans les régions où les minorités ont une identité forte. Ainsi, visiter le Xinjiang est quasiment aussi difficile que voyager au Tibet : chaque jour, les autorités chinoises créent de nouvelles règles et inventent de nouvelles restrictions pour les touristes étrangers. Notre expédition au lac Karakul, sur la magnifique route du Karakoam (route qui conduit vers le Pakistan) est un bel exemple de la situation actuelle. En arrivant à Kashgar, nous avons appris que depuis une semaine, seuls les groupes organisés peuvent se rendre au lac. Nous sommes allés vérifier cette info au poste de police ; là, un gentil policier m'explique la ruse : pour passer le poste de contrôle militaire situé à mi-chemin entre Kashgar et le lac, il faut être en possession d'un billet de bus pour la ville située après le lac et non d'un billet pour le lac, puis il suffit de demander au chauffeur de nous déposer au lac. Ravis de cette solution, nous allons à la gare des bus mais là personne ne veut nous vendre de billets ! Les employés essaient même de nous faire croire que la route est détruite (genre, à cause du tremblement de terre du Sichuan !) - ils sont tous en train de rire et je demande donc à parler au chef de gare. Lui, plus honnête m'explique que la ruse de la police ne fonctionne plus depuis quelques jours car les militaires du poste de contrôle ne sont pas dupes et ne laissent plus passer d'étranger quelque soit leur destination. Nous partons donc vérifier cette info au bureau militaire de la ville (nous sommes bien motivés !). Les soldats nous confirment qu'il nous faut un permis mais ils refusent de nous en faire un car seules les agences de voyage sont habilitées à demander des permis. La boucle est bouclée. Nous comprenons que nous ne pourrons pas bouger par nous-mêmes mais nous trouvons heureusement une solution satisfaisante : avec un couple de Polonais rencontrés dans le train, nous louons une voiture avec chauffeur, évitant ainsi le tour organisé tout en nous rendant éligible pour un permis. Tout ça pour ça direz-vous, mais le lac Karakul et la route qui y mène valent largement tous nos efforts. En plus, nous sommes bien tombés : Haki, notre chauffeur Ouïgour était adorable et il connaissait une famille Kirghiz bien sympa qui nous a hébergés dans sa yourte au bord du lac, avec vue sur les neiges éternelles du Muztagh Ata (7500 mètres). Nos hôtes, nous ont installé des petits lits douillés sur de beaux tapis rouges et ont partagé leurs repas avec nous,
ainsi qu'un affreux lait de brebis acide et salé. La nuit, pas facile de dormir car nous sommes en altitude et aussi parce que la yourte est faite en laine de mouton (ça pue !). En journée, nous avons fait de magnifiques balades autour du lac, dans les montagnes, croisant quelques chameaux, des moutons, des bergers kirghiz, des yourtes, un cimetière étonnant et des villages en terre. Ce lac Karakul est certainement un des plus beaux paysages que nous ayons vu... Nous avons quand même eu trois contrôles militaires en deux jours (vérification du passeport, du visa et du fameux permis) mais puisque nous respectons les règles tout se passe bien. On a juste l'impression que, pour les autorités chinoises, le bon touriste occidental ne devrait venir en Chine que pour les JO de Pékin, pour admirer une Chine
dynamique, moderne, développée et sans problème... Mais dans la Chine profonde, et surtout dans la Chine des minorités tibétaines ou ouïgours, nous ne sommes pas les bienvenus... Au fur et à mesure que les JO approchent, les règles deviennent de plus en plus strictes et absurdes : depuis hier, les touristes ont toujours le droit d'aller voir le désert mais pas d'y dormir (pourquoi ?! Risquerions-nous de pousser dix nomades et trois chameaux à la révolte ?) ; de plus en plus de villes et de villages sont catégoriquement interdits ; notre itinéraire reste donc imprécis mais nous prendons clairement l'avion pour rentrer à Shanghai car traverser le pays par voie terrestre serait un vrai casse-tête chinois ! Notre prochain objectif : atteindre un village dans le désert, situé sur le tracé de l'éclipse totale du 1er août... mais qu'auront décidé les autorités chinoises d'ici là ? Peut-être aurons-nous besoin d'un permis pour regarder le soleil !
05:24 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note

